Droit de réponse du tri des manuscrits.

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Le tri des manuscrits soulève bien des commentaires, souvent un peu amères, laissant un arrière goût de rancœur, un sentiment d’inachevé, de bâclé, de non compréhension. Pourtant, la tâche est loin d’être aisée, c’est un travail long et fastidieux. Imaginez-vous lire toute la journée les aventures de la grand-mère à la plage, la biographie de votre voisin qui est un passionné de foot, les pensées sombres de la gardienne de votre résidence, l’étalage de l’autosatisfaction de monsieur tout le monde ?



Pensez-vous pouvoir subir les fautes de français et d’orthographe à longueur de journée, le massacre des conjugaisons, la pauvreté de la langue au long de centaines de pages et, cerise sur le gâteau, en faire une fiche de lecture !

J’en ai souvent parlé sur mon blog et il est bien que d’autres puissent donner un avis sur ce sujet brûlant, surtout lorsqu’ils sont, eux aussi, au cœur de l’action. Un livre, c’est une sorte de « nouvelle star », il faut être le meilleur, le plus imaginatif, celui qui prend le plus de risques en les assumant pleinement, celui qui sort du lot.

Comme pur le chant, on écrit avec son cœur et ses tripes, on se met en danger, nu comme au premier jour dans la foule ; on doit rester cohérent.

 

Si vous voulez lire de bons livres, nous devons rester sévères sur les choix. Un éditeur est aussi un entrepreneur passionné, qui prend des risques, et respecte son lectorat ; pour ces raisons, il ne cherchera à publier que le mieux. La gloire et la richesse cèdent la place à l’amour des mots, la traque du texte qui fera frémir jusqu’aux orteils, qui émouvra au point d’oublier de préparer le dîner du soir, jusqu’à envahir les pensées. Ce texte là, donnera lieu à une fiche où le plébiscite visera à la mise en lumière, de sorte qu’il soit connu aussi par d’autres.



 

J’en ai suffisamment dit. Je laisse la parole à une lectrice d’une maison d’édition, qui chacun le comprendra bien, souhaite conserver l’anonymat.  

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« J’ai découvert votre site il y a quelques temps et j’ai plaisir à y lire vos pensées critiques … acerbes parfois et je me permets de vous adresser ce mail.

 

J’aimerai exposer ma pensée – celle d’une personne travaillant dans l’ombre d’une petite maison d’édition – ni auteure, ni relectrice j’ai pu découvrir le métier de l’édition pure il y a maintenant un an.

 

Chargée de la réception – et du premier tri – des manuscrits, de la communication avec les auteurs, de la mise en page, du référencement chez nos partenaires….. et j’en passe ; je me rends bien compte de la complexité de la tâche.

Ce que les auteurs ne comprennent pas toujours, c’est qu’au final, leur œuvre doit se vendre! Ça n’est pas l’avis de leurs amis, ni de leur famille qui en fera un best-seller (même s’il ne s’agit pas d’aller jusque-là).

Il ne s’agit pas pour nous de publier « à tour de bras » pour faire du chiffre mais de publier peu et bien.



Mais commençons par le commencement: 

Dès réception du manuscrit, chaque auteur reçoit un accusé de réception, ce qui n’est déjà pas le cas partout. Nous n’éditons pas de nouvelles, d’autobiographies ni de poésies pour l’instant et les auteurs en sont immédiatement avertis, car une trop longue attente conduit automatiquement à l’espoir… et à la désillusion. Il est important de considérer ce côté humain des choses car je me rends bien compte de l’attachement des auteurs à leur « bébé ».

Contrairement à ce que vous écriviez dans l’article « Le faux compte d’éditeur  » (qui est abordé dans une autre note de cette rubrique), il ne s’agit pas pour nous de faire croire à l’auteur d’un manuscrit trop court ou franchement trop mauvais, qu’il est promu à un bel avenir. J’y ai découvert que ça existait! 

 

Avant d’en confier la lecture à parfois 2 ou 3 lecteurs, il y aura donc un deuxième « affinage » pour les manuscrits restants, fait par le directeur de publication. Au cas où ceux-ci ne seraient pas publiables, pour une raison ou pour une autre (il y va aussi de notre réputation) nous dirigeons les auteurs vers le site de l’Arpel ou vers d’autres éditeurs susceptibles de les publier – C’est à ce moment-là qu’on se rend compte de toute l’interprétation de notre refus: indifférence, déception, colère, agressivité… à laquelle nous devons encore faire face.

Tout comme vous, nos lecteurs sont bénévoles et la lecture d’un roman doit rester pour eux un plaisir. C’est pour cela que l’attente, à ce niveau, devient longue (il s’est déjà passé 2 ou 3 mois jusqu’à cette étape). Ils ne se connaissent pas et donc ne peuvent se concerter.

Je pense que préparer une publication, c’est comme préparer un voyage: il faut se documenter, se renseigner, être curieux des aléas que cela peut occasionner… et ainsi être préparé à bien des déceptions !



Combien foncent tête baissée en pensant que « c’est dans la poche »: trop d’estime de soi ne conduit-il pas au désenchantement ? »

Pour terminer, lorsqu’un auteur est retenu, il en est averti par courrier (et non par courriel lorsqu’il s’agit de la grande édition). Avant la mise en page, le manuscrit repart en lecture afin d’en vérifier d’autres critères importants.

Ce sont des démarches fastidieuses et coûteuses, aussi bien pour l’auteur que pour l’éditeur.

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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3 réponses à Droit de réponse du tri des manuscrits.

  1. Laurence dit :

    Merci, votre réponse me rassure un peu et je vais de ce pas sur votre espace Facebook !
    @FB permet de discuter plus facilement, c’est amusant car les notes sont lues sur le blog, et discutées ensuite sur Facebook qui les diffuse…

  2. Laurence dit :

    J’ai envoyé mon roman à trois maisons d’éditions, les deux premières il y a un peu plus de quatre mois et la dernière ( connue par l’intermédiaire de votre blog )cela fait un mois et demi environ. Il y a deux semaines, après trois mois et demi de suspens, j’ai reçu une première réponse négative, lettre classique comme quoi je ne corresponds pas à leurs collections. J’attends avec impatience évidemment la réponse des deux autres éditeurs et pendant ce temps, je me demande sans cesse si mon roman a fini dans la poubelle ou si justement un comité de lecture est en train de le lire. Mais autant vous le dire tout de suite, je ne me fais guère d’illusions, pourquoi dans cette masse incommensurable de premiers romans, le mien aurait-il une chance ? Pourtant si quelqu’un lit mon manuscrit en ce moment, j’espère que mon histoire saura l’intéresser ne serait-ce qu’un tout petit peu.
    @Laurence, les manuscrits sont d’abord triés en fonction des critères des éditeurs ; est-ce dans le style de la maison, est-ce lisible, est-ce en français et encore bien d’autres moyens de sélection ; on ne peut tout publier, et chacun reste libre de publier ce qu’il veut.
    Une fois le tri franchi, les textes sont envoyés anonymement, souvent, au comité de lecture. Les lecteurs font une fiche de synthèse du texte, donnent un avis ; l’éditeur est alors seul face au choix qu’il doit faire.
    Un cas de retour du manuscrit, certains me disent ne pas avoir été lu, car les pages ne sont pas annotées ! Jamais je ne fais de marque sur un texte, il ne m’appartient pas ; je rédige sur une note à part ; je gage que les autres en fassent de même !
    Sur ce sujet, il y a bien des commentaires d’éditeurs sur cette dernière note sur mon espace Facebook… Faites-y un saut, c’est plein d’intérêt…
    PS : Les éditeurs cités sur mon blog, sont de petits éditeurs et les délais de réponse sont relativement longs, mais ils sont ouverts aux primo-romanciers. Tous ont commentés cette note sur FB.

  3. Laurence dit :

    Quand vous dites qu’il est difficile de lire toute la journée des histoires de grand-mère ou voisins, il est facile de comprendre la lassitude qui vous envahit alors mais à votre avis mon roman qui est une pure fiction se passant dans une vieille demeure qui se révèle hantée et une histoire se déroulant sur deux époques, a-t-il une petite chance ( en supposant que mon écriture ne soit pas trop abominable évidemment) de passer le second tour ?
    @Laurence, la vraie vérité, c’est qu’il n’y a pas de règle, seule la qualité primera.
    Plus que le sujet traité, c’est de la façon dont il est abordé qui compte, le style de l’écriture, le ton, l’empreinte de l’auteur… Il est possible d’amuser ou de passionner avec n’importe quoi, cela dépend du conteur… Il m’arrive de trouver bien des textes qui sont loin de mon univers, ceux-là me touchent d’autant plus.
    On voit plus d’autobiographies de gens qui n’ont rien de particulier, d’histoires de vacances sans style, que de vraies histoires. Cependant, si vous ne l’envoyez pas à un comité de lecture, comment saurez-vous ce que vaut votre texte ?

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