San Perdido, de David Zukerman

Un premier roman qui décoiffe, qui gratte, qui ose !

David Zukerman nous sert ici un roman qui bouscule le lecteur ! Loin des standards habituels, il situe l’action autour d’une décharge. Un monticule d’ordure faisant vivre une partie de la population, ces oubliés qui survivent de rien à proximité des nantis d’une petite ville du Panama : San Perdido. Mais il est toujours possible que naisse une pépite d’un tas d’ordure. La vie est ainsi faite elle peut sublimer d’un rien, créer une légende à partir d’une singularité. Avec David Zukerman, ça pue, ça bouge, c’est tendre et violent en restant parfaitement réaliste.


Le personnage principal, muet, arrive vers l’âge d’une dizaine d’année sur la décharge, comme vomi par la forêt. C’est un descendant d’anciens esclaves rebelles, les cimarrons. Il s’installe dans un trou creusé dans le sol. Une sorte de tanière dans laquelle il lit des livres. Ceux qui le croisent sont surpris par sa force. Il semble posséder une puissance formidable dans les mains. Certes ce n’est qu’un enfant, mais un noir muet, avec des yeux bleu pâles, presque blanc dérange. Son regard parait déshabiller jusqu’au tréfonds de l’âme et, sur son passage les oiseaux se taisent, les chiens fuient… Pourtant, nul n’a de raison de se plaindre de lui. La femme près de qui il loge le prend en affection, malgré le peu de communication dont il témoigne. Elle le baptise du sobriquet de La langosta, puisque nul de sait son nom et que ses mains sont puissantes. Serviable, le gamin lui apporte régulièrement de l’eau qu’il va chercher au point d’eau tôt le matin. Cependant, vient un jour ou le gosse devenu adolescent disparait, emportant avec lui ses livres. Dans la ville de San Perdido, il apparait parfois sans qu’on s’y attende, chaque fois avec une bonne raison. Il voit ce que nul ne peut voir, ne supporte pas l’injustice, fondant ainsi le mythe de la Mano. La Mano devenue un jeu, mais qui du temps La langosta il s’agissait d’un autre jeu, bien moins innocent !


Un roman dépaysant, mais on s’y plonge avec délectation. David Zukerman avec une écriture fluide ne lâche pas son lecteur. Il nous emmène dans un monde improbable mais la mayonnaise prend rapidement ; l’illogisme devient normal, presque banal comme une évidence. C’est immoral, mais juste, dans un univers d’une rare violence sociale. L’écart entre les riches et les pauvres est tel que le sens de la justice prend le seul chemin qui s’impose : agir quel qu’en soit le prix. Dans ce petit village côtier panaméen, que l’on soit riche ou pauvre, les moyens de chacun sont identiques, c’est ruse et la force qui prime. C’est une caricature de la société avec des accents de vérité. Loin du confort européen, bien que… il y a encore des endroits dans le monde où la vie se gagne à la force des dents !

Un peu de l’auteur

Né en 1960 à Créteil, David Zukerman a été successivement ouvrier spécialisé, homme de ménage, plongeur, contrôleur dans un cinéma, membre d’un groupe de rock, comédien et metteur en scène. Pendant toutes ces années, il a également écrit une quinzaine de pièces de théâtre, dont certaines furent diffusées sur France Culture, et quatre romans qu’il n’a jamais voulu envoyer à des éditeurs. San Perdido est sa première publication.

Source photo Calmann-Levy : https://calmann-levy.fr/

Détails sur le produit


• Broché: 450 pages
• Editeur : Calmann-Lévy (2 janvier 2019)
• Collection : Littérature Française
• Langue : Français
• ISBN-10: 2702163696
• ISBN-13: 978-2702163696
• Dimensions du produit: 13,5 x 3 x 21,5 cm



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A propos Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par Mail sur contact Presse pour les livres en services de presse.
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