Tu entreras dans le silence, de Maurice Gouiran

Un livre qui gratte, une révélation, presque un devoir d’inventaire !

Printemps 1916, débarque à Marseille la 1ère brigade russe venue supporter l’effort de guerre sur le front de l’est. Le deal franco-russe est simple : le tsar envoie des hommes, la France fournira des armes en échange. Des hommes, le tsar en a beaucoup, mais point d’arme. Le front de l’est épuise nos ressources humaines, aussi la France a-t-elle fait appel au grand cousin russe. La brigade qui débarque à Marseille, comme celles qui suivront sont composées de paysans, d’aventuriers, voir de gens ayant trop à se reprocher pour rester en Russie. Il y a Kolya, un activiste favorable à la révolution pour renverser le tsar, Iouri qui rumine une idée de vengeance, Rotislav qui comme d’autres n’avait rien demandé… Aucun ne sait ce qu’est une guerre et, comme les français vont découvrir l’horreur des tranchées. Kolya qui est francophone et sait lire apprend par un journal le début de la révolution russe. Il souhaite rentrer rapidement chez lui, mais pour eux ce n’est pas encore l’heure de la démobilisation. Peu à peu, les idées révolutionnaires des russes atteignent la troupe française. Le régiment russe est écarté, mais qu’en faire puisque la Russie ne souhaite pas vraiment son retour ?


Maurice Gouiran est un auteur qui aime mettre en lumière ce que l’histoire aimerait cacher. L’appel de la France au tsar pour obtenir des hommes est totalement passé sous silence, tout comme on ne parle que peu de tous ces hommes venus des colonies défendre un sol qui n’était pas le leur. Et quelle guerre ! Une boucherie sans nom où les hommes les meilleurs peuvent perdre à jamais le sourire, des hommes pour qui la mort restera en permanence à l’esprit, tuant toute idée de sommeil réparateur ou de bonheur. L’auteur nous place cette histoire dans le ressenti de l’époque, l’arrivée massive d’étranger laissait perplexe beaucoup de monde. Le pays colonisateur voyait comme des sous-hommes les colonisés qui venaient défendre notre territoire. La notion de racisme n’est venue que bien plus tard… Refusé par le gouvernement provisoire russe, les régiments parqués en France menace de rébellion. Beaucoup ont refusés de rendre les armes, l’incertitude dans laquelle ils sont confinés commence à durer et ne cesse de les inquiéter. Certain, comme Kolya échafaudent des plans pour déserter afin de rentrer chez eux. Mais pour rentrer il faut le l’argent. Donner un petit coup de main aux truands Marseillais pour une jolie somme leur semble une aubaine. D’ailleurs, cela semble presque trop beau, mais ils n’ont pas d’autre choix…


Un roman très noir, et à plusieurs titres. D’abord sur les troupes venues combattre dans un conflit qui n’était pas le leur, une guerre qui signait la fin d’un monde dans un déluge de feu et de sang. En suite parce que ces hommes venus d’ailleurs n’étaient pas vraiment appréciés… Tous, au mieux, étaient-ils de la chaire à canon que l’on ferait montrer de préférence en première ligne ! On a tous en tête la notion de « tirailleurs sénégalais » ou « d’armée d’Afrique », des noms qui sonnent comme un folklore ensoleillé mais autant de pays qui ont envoyé leur jeunesse se faire massacrer en France. Une France qui se la coulait douce en dehors des champs de bataille. Seule l’Est était à feu et à sang. Puis, l’envie légitime de renter chez soi, contrecarrée pas le refus de Moscou de reprendre ses hommes, poussera certain à franchir une limite qui auraient voulu éviter : le grand banditisme ! N’ayant connu que la violence, l’usage de la force au combat semble moins risqué que monter sur un coup en un lieu désert. Kolya et ses camarades vont découvrir une nouvelle forme de violence : la duplicité !

Un grand roman, noir et aussi cru qu’il est possible de l’être. Ce roman emprunte à l’histoire réelle le décor et les hommes, la romance y apporte un peu d’humanité.
Un livre qui marque, qui gratte en mettant en lumière les bassesses des états de l’époque. Bassesse avec notre regard du XXIème siècle, mais presque normale en 1914. La mémoire, tout comme l’histoire est souvent sélective et, Maurice Gouiran met avec brio en lumière ces morceaux d’histoire enfouis dans les archives.

Présentation de l’éditeur

Avril 1916. Les 11000 hommes de la 1ère Brigade russe débarquent à Marseille où ils seront acclamés avant d’être envoyés sur le front de Champagne et le Chemin des Dames. Kolya, l’anarchiste amoureux de la France, Slava, le meurtrier d’un bourgeois moscovite, Iouri, obsédé par une étrange vengeance, et Rotislav, qui lui n’avait rien demandé, y partagent souffrances, angoisses et espoirs. C’est là que leur parviennent les premiers échos de la révolution russe. S’ensuivent les premières mutineries et la déportation des fauteurs de troubles au camp de la Courtine dans la Creuse. Kolya ne rêve que de filer vers Marseille pour rejoindre la Révolution à Moscou en y entraînant ses frères de combat. Y parviendra-t-il ? Quels impacts laisseront ces années laminées par la barbarie d’une guerre et l’utopie d’une révolution sur ces amis ?

Un peu de l’auteur

Maurice GOUIRAN est né le jour du printemps au Rove, près de Marseille, dans une famille de bergers. Il passe son enfance à parcourir les collines arides en compagnie des troupeaux de chèvres, ce qui lui donne à jamais la passion de cette nature rude et généreuse, le respect de la culture populaire et de l’authenticité. Il découvre véritablement Marseille avec le lycée Saint-Charles et entretient dès lors des liens amoureux avec cette ville qui le fascine et qu’il sillonne jour et nuit. Tout en restant fidèle à ses collines et aux bistrots populaires des quartiers, il vit la frénésie des sixties, obtient un doctorat en mathématiques, puis se lance dans l’aventure balbutiante de l’informatique du début des années 70. Devenu spécialiste des systèmes d’information sur les incendies de forêts, il effectue, en tant que consultant pour l’ONU, de nombreuses missions autour de la Méditerranée. Il en récolte la certitude de l’existence d’une entité méditerranéenne forte, ce qui transparaît souvent dans ses romans et fait de lui un auteur davantage méditerranéen que marseillais. Polyvalent dans ses activités annexes qui vont de l’enseignement universitaire au journalisme, en passant par la peinture, la poésie et le sport, il se passionne pour l’Histoire taboue du XXe siècle, ses non-dits et ses incidences sur la vie actuelle.

Source photo BABELIO

Détails sur le produit

• Broché : 296 pages
• Editeur : Jigal Editions (15 février 2020)
• Collection : Polar
• Langue : Français
• ISBN-10 : 2377220967
• ISBN-13 : 978-2377220960
• Dimensions du produit : 21 x 2,5 x 14 cm





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A propos Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par Mail sur contact Presse pour les livres en services de presse.
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