Le jour et l’heure, de Guy Bedos

 Guy Bedos était à l’émission de Mireille Dumas sur France 2 l’autre soir. Cet homme de talent qui s’est servit de sa haine pour sa mère pour nourrir ses sketchs durant tant d’année, aborde désormais, et avec l’air faussement désabusé qu’on lui connaît bien, la possibilité de sa propre mort. Son one-man show et son nouveau livre, Le jour et l’heure publié chez Stock en parle. Je n’aime pas le comique sur scène, peut-être me rappelle-t-il trop mes propres démons, ou suis-je dérangé qu’un autre parle à ma place… Mais j’adore son style d’écriture où il se dévoile sous un autre jour, plus humain et tendre, presque féminin refoulé parfois. D’ailleurs, son épouse dit de lui qu’il est plus mère que père. C’est donc que je ne suis pas le seul à le penser.

 

[Dans son premier roman, Le Jour et l’heure, Guy Bedos a choisi d’aborder la difficile question de la mort. Mais le sujet est traité sous un jour particulier. Il s’agit d’un personnage qui veut pouvoir librement décider la date de sa mort. Au passage, l’auteur prend position sur le droit de chacun à mourir dans la dignité. (De Actualitté)]

 

 

 

Il semble en parler d’autant plus que maintenant que sa mère est décédée, il ne peut plus la haïr. Entre eux, cela avait commencé comme une lutte à mort, pour devenir un juste compromis, un équilibre pour chacun d’entre eux, l’affection par la haine. Un sentiment trouble qui à fini par satisfaire la mère que l’on parle d’elle ; puis, qu’elle ne fut pas aimée la mettait en valeur là où elle excellait pardessus tout. Lui, par la mise en spectacle de qui le rongeait le plus, exorcisait une image récurrente qui pesait sur son libre arbitre. Un compromis qui devenait presque un partenariat, une forme de dialogue sans réponse, mais dont chacun se soucie de savoir ce qu’en pense l’autre. Un rapport de force, une lutte à vie que la mort de l’un des combattants a annulée. Vient alors l’image restante, sur la haine au quotidien reste la vision de l’autre qui avant de laisser en suspend la conversation à sens unique, c’est décrépis. L’âge, 94 ans de sa mère, lui renvoie l’image qui l’attend un jour. Désormais, c’est lui, le prochain sur la liste d’attente. Cela, il ne peut le supporter, la critiquer et le haïr est une chose, mais lui ressembler un instant en est une autre, plus vicieuse encore, inacceptable et indigne de lui. Pour s’en rassurer, Bedos n’hésite pas à faire du charme, mettant en avant des détails graveleux devant Mireille Dumas, il veut se montrer que l’âge ne l’atteint comme les autres, qu’il reste lui, différent de sa mère. Son discours sur la mort, qu’il souhaite contrôler, vient de ses peurs de ressemblance. En disparaissant, Guy Bedos perd aussi l’un des moyens qui nourrissait sa vie. On ne saurait détester ce qui n’est pas, cela n’aurait plus de sens. Justement se demande alors l’humoriste, toute cette haine patiemment restituée durant des années, cette émotion ambigüe et jubilatoire qui l’animait s’est-elle éteinte ? Qu’en reste –t-il aujourd’hui ?

Il semble lui apparaître que l’on ne peut exécrer si longtemps sans amour. Ces deux sentiments sont étroitement liés, l’un étant le corollaire de l’autre. Une évidence si inadmissible, que seule la mise en scène de sa propre fin en la contrôlant peut présenter une échappatoire aussi chimérique que possible à ce dilemme. La nature comme la pensée n’aime pas le vide, il faut occuper le terrain en gardant le ton. Une tonalité que Bedos a toujours aimée provocante, dérangeante à souhait.

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
Ce contenu a été publié dans Biographie, Livres, Romans contemporains, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.