On va où papa ? De Jean-Louis fournier

Un prix bien mérité, le prix Femina !

Il faut avoir vécu de tels drames pour avoir la force d’en sourire, d’en rire jaune, d’en plaisanter pour ne pas sombrer dans l’apathie totale. Une expérience comme celle là, vous propulse dans un gouffre sans fond, une errance perpétuelle, c’est le déluge à vie. Jusqu’à l’instant où l’on comprend que dans le détail d’un geste, d’un regard ou d’un simple mot, que la vie tente de reprendre le dessus par ce qu’elle a de plus puissant ; l’affection. Un attachement viscéral, bien normal pour des parents, mais qui n’empêche jamais de mettre en doute sa véracité. L’amour sans verbalisation, sans échange ou sans choix est-il sincère ou est-il le reflet d’un simple besoin ? Dans un univers qui s’écroule, chacun tente de trouver des repères qui le rassure, des bouées pour mieux flotter. Un mot sans cesse ressassé, un geste anodin ou un simple regard deviennent éléments de complicité, des preuves d’une lueur que l’on souhaite partagée. Chacun envisage ses affections et ses craintes selon la mesure de ses angoisses, mais quand tout vous abandonne, la panacée vient du détail auquel l’on s’accroche. Même la mort se transforme en une partenaire douce amère, car elle ne rie pas non plus ; elle se contente de vous ouvrir les bras sans faux semblants. Ce livre est touchant de tendresse et de rages contenues. C’est une ode à l’amour que l’on peut donner face au néant le plus impensable, le cri d’un homme dont les espoirs se sont anéantis face au destin. Une réalité qui souvent dépasse la fiction, dont on parvient à rire, bien malgré soi, nerveusement mais jamais sans une tendre pensée.

Ce livre est une déclaration d’amour, le cri d’un père blessé au plus profond de son égo, sans jamais salir l’innocence des enfants, l’auteur sait allier la poésie et le sens des réalités, parvenant à rendre attachant l’indicible.

Le handicap est une chose que je connais bien, contre laquelle on fait au mieux sans jamais en être satisfait. Il n’y a que les gens normaux pour oser prétendre « il maîtrise son handicap », ou pire encore « il a dominé son handicap »; peut-on gommer ce qui occupe vos pensées constamment, ce que l’on essaye de masquer au mieux à longueur de journée ; pour ne pas déranger les autres, par pudeur pour soi-même ? Le vivre est déjà une plaie, mais le vivre dans sa descendance est une peine plus abominable encore. Nul ne s’empêchera de penser qu’il est responsable des soucis qui aliènent la vie de son enfant, qu’il a dût pécher sévèrement dans une autre vie pour faire subir un tel outrage à autrui, que le fait d’avoir une carte d’invalidité signifie « non valable ». Une non valeur qui pèsera lourd au long d’une vie, bien plus encore que le regard des autres…

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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