24 heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

 

La femme reste à jamais un univers insondable, capable des plus audacieux élans, pourvu que son cœur en témoigne. C’est un monde de fragile équilibre, un appui résistant, mais toujours pour l’homme un prochain un naufrage.

 

Nous sommes au début du siècle dernier, dans le sud de la France, dans un hôtel où se retrouvent les gens de la meilleure société. Quelques uns ont un métier, d’autres noient ici une solitude qu’ils pensent une manière de distinction. Les occasions de se réunir se font toujours en évitant les sujets qui fâchent, la courtoisie voulant qu’on ne heurte pas le sentiment des autres ; une forme de politesse qui facilite la vie au contact de tous. Ici, la vie se feutre.

 

Un jour pourtant, la société des pensionnaires s’anime, s’émeut, s’interroge, puis se félicite car il vient d’arriver un français, jeune, mais de la plus belle courtoisie. L’espace d’un instant, on eût pu penser que ce bel équilibre ne se dissipât par quelque emportement de galant.

Le calme est à peine revenu que l’un des pensionnaires s’effondre de douleur, sa femme vient de disparaître.

Chacun s’interroge, se parle et s’apostrophe ; les paroles volent et cinglent comme jamais. La réserve n’est plus de mise pour des commentaires qui jaillissent du cœur, les débats optent pour une houle souvent inconvenante, parfois bigote ; on se choque en vain.

Lorsque tombe l’information capitale, que la douce mère de famille, la toujours jolie a mis les voile avec le bellâtre, c’est l’univers entier qui croule sous l’opprobre de tous.

L’on se bat aussitôt sur maintes hypothèses, en critiques et en condamnation.

 

Une dame de bien, que l’âge place au-dessus de tout soupçon qui ne fût pas du plus sérieux, demande à parler au narrateur, comme une confession qui plaiderait en faveur de l’intrigante.

Elle lui raconte alors 24 heures de sa propre vie, d’une journée folle qui marqua à jamais sa vie, un souvenir brûlant encore aujourd’hui d’un feu violent. Elle nous montre que sous des regards les plus innocents, la fragilité et la grandeur d’âme caractérisant la femme peuvent chavirer une vie, faire d’une seconde un destin, une raison de croisade aussi improbable soit-elle ; mais jamais un regret ni une amertume, car il est des élans qui ne se tempèrent pas.

 

Cette histoire, écrite dans un parfait style du XiX ème, est d’une parfaite délicatesse, le ton y est toujours juste. Le lecteur est pris dans un élan, une spirale où l’entraîne cette nuit de démesure, cette fêlure sur un chemin bien droit, ce geste pour une cause perdue dont seul le souvenir hante pour toujours.

 

 

Site sur l’auteur : http://www.stefanzweig.org/

 

En 1941, il s’établit au Brésil où, trop affecté de voir la Seconde Guerre mondiale détruire ses rêves d’humanisme et d’Europe pacifiée, il se suicida avec Lotte (Charlotte Elisabeth Altmann), sa seconde épouse, à Pétropolis, près de Rio de Janeiro, le 22 février 1942.

Le Livre de Poche ; traduction de Olivier Bournac & Alzir Hella ; 1 mars 2003 ; 128 pages ; ISBN 2253060224 , à commander chez votre libraire le plus proche….

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l’édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches.

Je travaille habituellement avec les services presse des éditions :
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