La bouche qui mange ne parle pas, de Janis Otsiemi

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Un polard qui décoiffe le genre !

Toujours avec une langue gorgée d’images, avec un français revisité à la mode Gabonaise, Janis Otsiemi entraîne son lecteur dans les méandres des bas-fonds de la capitale du Gabon: Libreville. Ses personnages sont tantôt de véritables salauds, tantôt de véritables paumés, mais continuellement possèdent une bonne dose de nonchalance les rendant humains. Il excelle à faire vivre les magouilles, petits trafics, basses combines sans lesquelles bien des gens crèveraient de faim. L’auteur nous dépeint un univers dont nous entendons parfois les échos jusqu’en Europe.



Son personnage principal, Solo, sort juste de prison pour une histoire de peu, même pas pour une grosse affaire. Cherchant à gagner de quoi vivre, il accepte de rendre service à un ami d’enfance, sur une combine apparemment facile et lucrative. Las, il va vite découvrir que ceux qui tiennent les cordons de ce montage ne sont pas des enfants de cœur. En marge de cette aventure, la police traque les voyous avec des méthodes très africaines, à la San Antonio, un rien cavalières et en lisière de la mission leur incombant. Un jeu du chat et de la souris que l’on souhaiterait plus long : le livre ne fait que 159 pages. Un polar mêlant l’horreur de certaines traditions antédiluviennes avec la convivialité bonne enfant des truands. On peut seulement regretter que n’apparaissent pas des personnages plus normaux, des citoyens normaux qui donneraient un visage moins hasardeux à cette ville ne semblant peuplée que de ripoux… Néanmoins, ce livre reste un grand plaisir de lecture pour les amateurs de style singulier, d’un regard différent sur la délinquance, d’une vision du polard fleurant bon le grand sud.



J’ai déjà parlé de cet auteur qui mérite d’être lu, dans son livre : La vie est un sale boulot, que l’on trouve ICI chez son éditeur JIGAL. Une maison d’édition marseillaise qui ne ménage pas les moyens pour promouvoir un cortège d’auteurs qui méritent qu’on les lise. Spécialisé dans la plume du sud, les polards édités ont une tonalité franchement sympathique ; plaisants à lire pour un grand moment de divertissement.

4ème de couverture :

Solo vient de purger trois ans de taule pour une bagarre qui a mal tourné. À sa sortie, son cousin Tito, un vrai dur, lui propose une affaire… Il lui suffit de voler une voiture, de l’accompagner sur un coup et de manger sa langue. Une sacrée bonne aubaine pour ambiancer toute la nuit et régler ses dettes… Mais Solo se retrouve au cœur d’une embrouille qui pue salement la mort. Au Gabon, on murmure que certains politiciens n’hésitent pas à recourir aux meurtres rituels pour se maintenir au pouvoir… Écœuré, effrayé, traqué, Solo prend ses distances et se planque, mais à Libreville les flics ont mangé des guêpes et ont fermement l’intention de lui faire passer le goût du manioc…



Portrait de l’auteur 

Janis OTSIEMI est un digne représentant de ce qu’on pourrait appeler le « polar de la brousse »… Roman social et urbain, style (très) direct, récit émaillé d’expressions savoureuses, Janis OTSIEMI signe là un roman miroir de la société gabonaise telle qu’il la vit et la perçoit aujourd’hui ! Car au-delà de l’intrigue policière, c’est tout un pan des travers de la société que dévoile ce roman écrit dans une langue sèche qui « claque comme des coups de lanière sur le dos d’un cabri »… Le polar africain n’est pas un mythe, c’est un témoignage social sur l’époque, la population, la corruption, les magouilles omniprésentes, la réussite de quelques-uns, la violence de la rue, le désespoir, la police, le poids du pouvoir et la débrouille, la débrouille toujours ! Au Gabon, comme dans toute l’Afrique sans doute, il y a tous ces jeunes qui ne rêvent que d’avenir : pour survivre, pour devenir quelqu’un, pour vivre tout simplement… Cela peut paraître simple, mais dans les rues de Libreville, cela ne semble pas gagné pour tout le monde ! Car comme le dit si justement Janis OTSIEMI : « La barbe et le grelot ne font pas une chèvre »… Un roman et un auteur à découvrir d’urgence, et pas seulement pour le dépaysement garanti, mais aussi et surtout pour le témoignage à vif !

Janis Otsiemi (source : blog de l’auteur) est né à Franceville dans la province du Haut-Ogooué en 1976 au Gabon. Ancien élève du Collège Public d’Akébé (Collège Georges Mabignat aujourd’hui), il intègre en 1998 la Fondation Raponda Raponda Walker comme Membre permanent. Après un bref passage au Gouvernorat de l’Estuaire, il est actuellement Secrétaire Général Adjoint de l’Union des Ecrivains Gabonais (UDEG).

Romancier, poète et essayiste, Janis Otsiémi a publié un roman « Tous les chemins mènent à l’Autre » ( Prix du jeune écrivain gabonais) aux Editions Raponda Walker (Libreville 2002) et aux Editions Ndzé (Paris, 2002),  Il a été lauréat du Prix du centenaire de la naissance du président Léon Mba pour son recueil de poèmes « Chants d’exil« . 

Janis Otsiemi va publier dans quelques mois son second roman et premier roman policier gabonais ,sans nul doute ,aux Editions du Polar à Paris. Titre de ce roman qui promet : « Peau de balle« . Tout un suspens !!!!

Janis Otsiémi est un ami de l’écrivain français Jean-Claude Renoux avec lequel il a une correspondance et des échanges très amicauxs.

Janis Otsiemi anime un blog entièrement consacrée à l’émergence du roman policier africain : 

 

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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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