Ours, de Philippe Morvan

Peut-on choisir entre la rédemption et le meurtre ?

Difficile choix pour Gabriel Morange en cette fin de XIXème. Fils de paysan, ayant fait le petit séminaire, Gabriel décide de ne pas faire le grand saut vers la prêtrise. Il choisit de partir faire la guerre, non dans l’idée de tuer, mais afin de voir du pays. En effet, les mouvements entre nations donnent autant d’occasions de voyager aux belligérants que la colonisation galopante des états européens. Cinq ans de conflits armés, de l’Algérie au Vietnam, suffisent à l’écœurement de Gaby. Sa vision de l’homme chancèle, les horreurs dont il fut témoin le révolte. Rentré au pays, il reprend ses études et devient missionnaire. Le clergé l’envoie évangéliser les indiens d’Amérique. Là, il découvre que l’homme ne change pas vraiment selon les continents. Seuls les chrétiens, blancs de préférence, ont une âme. Le reste des populations ne sont que des sauvages qu’il faut domestiquer à la trique, des animaux dont on peut disposer à l’envi. S’opposant à sa hiérarchie, il se défroque pour suivre ceux qu’il a appris à aimer. Des hommes comme tout un chacun, dont il fera siennes leurs valeurs. Sa vision d’un Dieu universel juste et bon s’érode, il doute… L’oppression est si forte envers les tribus indiennes, que Gaby se perdra de nouveau pour défendre les droits indiens en reprenant les armes. Il s’était fait curé pour expier, pour racheter l’homme en général, mais il comprend sa quête impossible par la seule force des idées.

 



 

Philippe Morvan signe là un roman d’aventure, mais aussi un roman historique. Pour l’aventure le lecteur est servi ! Sur quatre continents, Gaby accompagne les guerres de la colonisation avec leurs lots d’exactions. C’est ignoble, surtout vu de notre XXIème siècle bien-pensant, avec ses guerres propres comme celle en Irak contre Saddam Hussein et, qui n’ont de propre que l’adjectif ! Roman historique, car il place son histoire dans le bon contexte : celui d’une époque où l’Europe se voulait un phare guidant les peuples indigènes vers la lumière de la christianisation quel qu’en soit le prix. Une époque où l’abolition de l’esclavage était toute récente, dont l’idée du sauvage n’avait pas encore changé car Jésus lui-même est blond aux yeux bleu. En Amérique, l’abolition était encore une idée saugrenue, les colons devaient pouvoir s’installer là où ils le voulaient, indiens ou pas. Quant à ouvrir un débat pour trouver un terrain d’entente avec les natifs, respecter la coutume et leur mode de vie, cela semblait un non-sens total. L’homme blanc, tel un Dieu, se doit de sauver ou détruire et, l’armée y veille fermement.

 



 

Que ce soit au nom de Dieu, ou pour prendre la place, la guerre est toujours légitime pour l’envahisseur. Mais avant le XXème siècle, l’idée de la mort était bien différente de celle que nous en avons aujourd’hui. Donner la mort avait moins d’impact que de nos jours, surtout envers les non-blancs. La mort frappait tout le monde, quel que soit l’âge ou la condition sociale, la médecine balbutiait, les moyens d’enquête étaient limités, tout comme l’était la volonté de savoir… Les soldats conquérants usaient de tous les droits sur les peuples assujettis. On arrive, on s’installe, on fait le ménage en détournant le regard. De toute façon, le pire de ce que peut imaginer l’être humain ne fera que soumettre mieux par la peur, dieu pourvoira au reste ! Un dieu nouveau arrive en expliquant que souffrir rend divin : où donc est le souci ? Le colonisé devrait remercier plutôt que de se plaindre…

 

 



 

Un peu de l’auteur

PHILIPPE MORVAN est né en 1962 à Clermont-Ferrand. Auteur pour la célèbre Bibliothèque verte dans ses jeunes années, il renoue depuis 2012 avec sa passion, l’écriture, et publie notamment plusieurs romans noirs sous pseudonyme.
Ours lui a été inspiré par l’histoire vraie de l’un de ses ancêtres.

Source photo EmOtionS blog littéraire :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

Détails sur le produit

• Broché: 378 pages
• Editeur : Calmann-Lévy (3 octobre 2018)
• Collection : Littérature Française
• Langue : Français
• ISBN-10: 270216353X
• ISBN-13: 978-2702163535
• Dimensions du produit: 13,5 x 3,1 x 21,5 cm

 



 






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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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