Le goût de femmes laides !

 

Fallait-il être laid soi-même, très jaloux, ou très con… Non, franchement, ce goût vient d’un refus d’image avant tout, une négation du soi que l’on sublime à l’excès, au paroxysme d’un idéal que l’on fait sien, qui par superbe pousse à faire des choix ; ceux notamment de ne jamais déroger à une règle, n’accepter que le meilleur en toutes femmes.

 

Un postulat qui survient dès la prime jeunesse, d’un regard que l’on ne voit pas, d’une attention qui vous fuie comme s’échappe une flatulence, parce qu’on est encore là, malgré soi. L’on est alors en devoir de grandir en se nourrissant du meilleur et en se repliant sur son détachement de l’amitié.

 

Un tableau idyllique s’il n’y avait ces femmes, que l’on dit du sexe faible, qui forcent à défaillir les âmes les mieux nées, les plus instruites et à rompre les carapaces les mieux construites ; alors par la séduction, sentiment qui fuie la logique des hommes, poussant parfois à de folles extravagances, aussi bien qu’aux pires des extrémités vient au secours des laids.

 

Le laid a ceci de particulier, c’est qu’il reste persuadé de l’être et de le rester toute sa vie, quoi qu’on en dise, ou pense. Sa hideur est un fait qui le singularise, un étendard qu’il brandit pour se réfugier en lui-même, dans sa tanière où règnent ses habitudes. Le laid, ou la laide, ont en commun, que chaque ouverture sur l’autre, est un début aux prémices d’un naufrage évident. Dans cette perspective, le laid se meut en pourvoyeur de plaisir, sublimant le désir des sens, il se veut tantrique.

 

De Richard Millet, chez Gallimard et maintenant en poche

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l’édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches.

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