Mailles à l’envers, de Marlene Tissot

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Nul n’est responsable de son enfance, mais tous plaident coupable !

D’une plume fraîche, d’une vivacité folle, presque jubilatoire tant l’auteur (dont le personnage raconte ses souvenirs à la première personne) égrène avec cynisme le film d’une enfance ébréchée. Cette même jeunesse qui se devrait heureuse pour tous adopte, parfois, des sentiers bien escarpés. Il apparaît alors des sinuosités, des abrupts, des boues d’orage telles, que survient le sentiment agaçant de cheminer à reculons, de n’avoir pas les bons sabots, jusqu’au remords d’être venu. Bien sûr, il y a les parents, mais eux aussi sont mal chaussés, tricotent à l’envers une existence non choisie, noyée pour chacun sous les excès afin de percevoir, ou d’ensevelir, un rêve oublié pour cause de naissance non programmée… Bref, une parentalité sur fond de misère intellectuelle, matérielle et sentimentale. Les enfants n’ont alors d’autre choix que de mûrir vite, différemment, ou de crever à petit feu.

Elle, car c’est une fille racontant son parcours, n’est qu’elle ! Sans nom, puis qu’elle n’est rien qu’un poids de trop, un colis, un bagage inutile de plus, posé là sur la banquette arrière de la voiture. L’absence de prénom utilisé, témoigne de la négation de ce qu’elle représente. Pourtant, elle n’en veut à personne, reportant la faute au seul hasard dont nul ne peut se prévaloir d’être l’auteur. Se sentant exclue d’un univers où rien ne la raccroche au réel, la petite donne libre cours à ses pensées, seul espace de liberté lui restant. Là, avec ses mots, souvent crus, avec un réalise saisissant, elle dessine la toile du monde l’entourant. Vite, elle a bien compris que seul l’interstice du sentiment peut l’atteindre, l’affecter puis se retourner à son encontre : très tôt, elle décide de ne jamais aimer, de garder stérile un cœur dont nul ne souhaite voir l’éclosion ; seule la mort devrait pouvoir la délivrer d’un tel fardeau : la vie !

Martine, sa confidente et seule amie, a un nom, elle ! L’enfant lui conte ce qu’aucun n’écoute jamais, ses histoires et ses conclusions : sa poupée est toujours là, une oreille permanente, une épine dorsale, une stabilité de substitution. L’errance des parents pousse aux migrations, vers des asiles des plus précaires, les plus improbables, fichant la honte de demeurer différente en tout aux autres enfants, un contre courant permanent. L’âge venant, elle décide de prendre son bâton de pèlerin, de foutre le camp de cette atmosphère poisseuse, gluante lui collant aux basques depuis sa naissance. Une route bien périlleuse, où elle fini par toucher le fond du précipice, le vide sidéral du rien, l’aboutissement d’une route impossible. C’est à son réveil, dans un lit, qu’un visage se penche sur sa personne. Un regard nouveau, sans pensée négative, pour qui il reste toujours une solution : la vie doit prendre là où on lui laisse un peu de place : quant à l’esprit, qu’il continue de vagabonder au gré de sa volonté…

µUn premier roman brillant dans lequel on plonge dès les premières lignes avec l’envie de continuer. C’est une sorte de témoignage : vrai ou romance pure…, qu’importe, il reste très vraisemblable, riche en enseignements sur une autre vérité, crédible en tout ! Le ressenti de la fillette est parfaitement explicité, saisissant, décliné avec une précision chirurgicale.  Quelque part, l’enfant possède la maturité dont ses parents restent dépourvus…

Un auteur que j’aurai grand plaisir à rencontrer, si par chance, l’on se croisait sur un salon du livre… Je suis certain qu’il lui reste encore bien des choses à dire, et à écrire : vivement son prochain livre, quel sens de l’écrit, quel talent narratif !

4ème de couverture

Elle n’a peut-être pas de nom, mais elle ne manque pas de personnalité. Difficile en effet d’oublier ses os pointus et ses mots affûtés de môme grandie trop vite dans un monde à vau-l’eau où règne le chacun pour soi, sur fond de béton et de tétons. Une écriture pleine de suaveur, désenchantée et toute en grâce, pour nous conter les aventures impur’diques d’une jolie blondinette au pays du réel. Comment vouloir marcher droit quand tout va de travers autour de soi ?

Marlene Tissot tricote son intrigue six ans en arrière, trois ans en avant, pour mieux piéger le lecteur, captivé par ce récit haletant, féroce, plein d’une verve aussi brutale que poétique.
  Bannière Source photo : Editions Lunatique

Bolg de l’auteur : http://monnuage.free.fr/

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Détails sur le produit

Broché: 156 pages

Editeur : Lunatique (2012) http://www.editions-lunatique.com/

ISBN-13: 979-1090424012

ASIN: 1090424019

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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