La vierge-folle, par Frédérique Volot

Napoléon III rétablit les fastes de l’empire, la capitale se transforme à grandes enjambées, la noblesse d’empire s’étourdit en distraction volant de raouts mondains en soirées théâtrales. Une époque prospère où les bourgeois s’enrichissent toujours plus. Alors, lorsqu’un meurtre immonde est commis dans le parc Monceau en plein travaux avant son inauguration par l’empereur : le ministre à des raisons de s’inquiéter. Il confie l’enquête à Achille Bonnefond, notable parisien et enquêteur particulier. Les recherches le conduisent vers un univers insoupçonné, celui des petits, des sans grade, des rois de la débrouille : les chiffonniers, champions du recyclage des ordures. Ils vivent en marge de tout, dans des cités bien à eux, avec leur langue et leurs coutumes. Les magnificences de l’empire rétabli masquent l’envers de la médaille sans état d’âme.

 

Le monde particulier où nous entraîne Frédérique Volot, dans ce roman, nous démontre plusieurs choses. Le monde des chiffonniers n’a pas totalement disparu, même si aujourd’hui il est mieux vu depuis que l’abbé Pierre l’a remis sur le devant de la scène. Encore maintenant il réserve une place aux exclus d’une société se perdant dans une course aux profits, leur offre un asile où ils peuvent vivre en vase clos, dont seulement quelques uns parviendront à s’échapper afin de respirer le grand air de ceux qui ont un toit. Leur langage très imagé, n’est pas sans rappeler que de nos jours existe le langage des cités : une façon singulière de manifester son appartenance à un autre monde que celui qui les rejette : il est des états dans l’empire ! C’est un milieu, bien que fermé vers l’extérieur, qui reste extrêmement solidaire dans sa communauté. Le moins mal lotit faisant figure de rupin aura un geste vers le miséreux dont il sera peut-être demain… C’est une société avec sa hiérarchie pyramidale dans laquelle on s’élève par le muscle et la ruse.

Indirectement ce livre montre que la lutte des classes n’a pas uniformisé la société autant qu’elle le souhaitait. Certes le travailleur est mieux protégé, mais dès la plongée dans l’exclusion, l’enfer démarre en tirant vers le bas jusqu’au sordide. Remonter la pente revient a changer de nationalité, apprendre une nouvelle langue, de nouveaux usages tout en restant tatoué de façon indélébile par le passé.

Détail intéressant, la langue des chiffonniers a débouché sur l’argot, un idiome qui vit encore aujourd’hui, bien que n’étant plus couramment parlé. Là au moins, l’école de la république à uniformisé la manière de parler. La nature n’aimant pas le vide, le Céfranc se substitue à la langue verte chère à Auguste Le Breton (Langue verte et noirs desseins, Presses de la Cité, 1960). Le monde évolue sans doute plus vite que la capacité de l’homme à s’y adapter, ou est-ce comme pour la mode : un éternel recommencement ?

4ème de couverture

1861. Sous l’impulsion du baron Haussmann et de Napoléon III, Paris se transforme. Dans le parc Monceau, qui doit être inauguré le 13 août, on s’active. Jusqu’au jour où l’on découvre le cadavre d’une femme horriblement mutilé. Dans sa main, un mot adressé à l’Empereur. L’enquête est confiée à Achille Bonnefond, homme de la haute société, considéré comme le meilleur spécialiste des affaires criminelles de Paris, et écouté par l’Empereur lui-même. Avec l’aide de Baise-la-Mort, ancien voleur reconverti en chiffonnier, qui le guide dans les bas-fonds parisiens, ils partent à la recherche de l’identité de cette femme sans visage. Ils apprendront qu’on la surnommait la  » Vierge folle « , qu’elle était tireuse de cartes, et cachait un passé bien mystérieux. Au cours de son enquête qui le mènera jusqu’à l’assassin, Achille s’attache à Baise-la-Mort et découvre le monde incroyable des chiffonniers, leurs mœurs, leurs conditions de vie, la cité de la Femme en culotte et bien d’autres choses encore. Il en restera à jamais marqué.

Un peu de l’auteur

Frédérique Volot est née à Vittel, dans les Vosges. Elle a publié aux éditions De Borée Les Grandes Affaires criminelles de Meurthe-et-MoselleLes Mystères de Meurthe-et-Moselle et aux Presses de la Cité Le Rucher du père Voirnot et Pour l’honneur de Blanche.
La Vierge-Folle est son dernier roman.

Mais déjà, confidence de l’auteur rencontrée au salon du livre de Paris 2014, une suite à ce dernier roman continuera de faire vivre le personnage principal, mis bien à mal dans ce premier opus. Sortie prévue prochainement aux presses de la cité.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA Crédit photo : Goliath

 

Détails sur le produit

  • Broché: 330 pages
  • Editeur : PRESSES CITE (23 mai 2013)
  • Collection : Terres de France
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2258100410
  • ISBN-13: 978-2258100411
  • Dimensions du produit: 22,4 x 14 x 3,2 cm

 

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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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