Mémoire d’une geisha, d’Arthur Golden

 

 Un livre très instructif sur les Geishas, femmes très courues, adulées et artistes avant tout dans le monde asiatique, « Mémoire d’une geisha » d’Arthur Golden.

 

Dans le Japon des années 30, voici l’histoire de Sayuri, une petite fille de neuf ans, aux superbes yeux gris bleus, vendue par son père – un modeste pêcheur – à une maison de geisha. A travers son regard d’enfant malheureuse, nous découvrirons « Gion la décadente » : le quartier du plaisir à Kyoto, avec ses temples resplendissants, ses théâtres raffinés, et ses ruelles sombres.

Son initiation et sa métamorphose révèleront l’art d’être geisha, les rites de la danse et de la musique, les cérémonies de l’habillage, de la coiffure et du thé – comment surtout il faut savoir attirer l’attention des hommes, et déjouer la jalousie des rivales…

Aussi tourné en film par Steven Spielberg, mais controversé en Chine et au Japon…

 

RESUME :
 » En 1929, au Japon, un pauvre pêcheur se résout à vendre ses deux petites filles. L’aînée se retrouve dans un bordel, tandis que la plus jeune, Chiyio (Zhang Ziyi), devient servante dans une maison de geishas dirigée d’une main de fer par une femme surnommée Maman. Sans le vouloir, la fillette de neuf ans s’attire l’hostilité de Hatsumomo (Gong Li), la plus belle et la plus populaire geisha de la maison. Mais à l’adolescence, Chiyio devient la protégée de l’impériale geisha Mameha (Michelle Yeoh), qui croit que la jeune fille a le potentiel pour suivre ses traces. La transformation s’opère au fil des mois et l’adolescente, rebaptisée Sayuri, suscite bientôt la convoitise de tous les hommes. « 

Attendu depuis très longtemps, l’adaptation du best-seller de Arthur Golden, « Memoirs of a Geisha« , Co-produit par Steven Spielberg qui avait acquis les droits du roman est donc enfin sur nos écrans dès le mois de Mars. La soudaine passion pour l’Extrême Orient crée une appétence à voir et à goûter de ce qu’il en est de la culture asiatique. En effet, si on considère que ce sont deux chinoises qui incarnent le rôle de deux japonaises, il est logiquement estimable que Japon et Chine forment un même ensemble pour le quidam : Asie= ailleurs= voisins aux yeux bridés. La distinction est malheureusement limitée. De cette ignorance découlera donc les affres que subit cette production en Chine comme au Japon.

C’est à travers le regard d’enfant malheureuse de Chiyo/Sayuri que l’on découvrira donc Gion la décadente, le quartier du plaisir à Kyoto, avec ses temples resplendissants, ses théâtres raffinés, et ces ruelles sombres. Via son initiation et sa métamorphose on apprendra l’art d’être geisha, les rites de la danse et de la musique, les cérémonies de l’habillage, de la coiffure et du thé, comment surtout il faut savoir attirer l’attention des hommes et déjouer la jalousie des rivales. Univers où les apparences font loi, où les femmes sont faites pour charmer et où l’amour doit être méprisé comme une illusion.

Robert Marshall est le réalisateur de « Cabaret », un film qui a su trouver son public et qui, il faut le reconnaître, donne la vedette avec maestria à une époque révolue par le biais de la danse. Si quelques scènes restent visuellement très jolies utilisant la danse afin d’offrir un espace féerique. Malheureusement, on savait que Rob Marshall ne savait pas faire avec le verbiage, et le roman de Golden est particulièrement touffu et riche en dialogues.

Quel ennui lorsqu’il filme un échange verbal , quel injure que de jeter si facilement les émotions en pâtures à renfort de musiques là où un regard suffirait … Reste que le regard, justement, celui de notre héroïne est pour le comble .. faussé.. Affublée de lentilles bleues grises Zhang Yiyi incarne la plus désirable des geishas. Mais avec beaucoup de peine. Seule Gong Li arrache donc quelques émotions dans ce film aseptisé, chic, rutilant mais à des années lumières de la pudeur, la sobriété et la raffinement nippon.

Une fois Gong Li à l’écran, fanée et colérique, devant Sayori fragile et belle comme un ange, c’est vers Gong Li que nos yeux se posent. Non seulement sa beauté est immense mais sa grâce dans le désespoir est éblouissante. Zhang Yiyi fait un peu pâle figure, et pas seulement de par son maquillage très poudré.. Comme si seule Li restait authentique face à la caméra, à ce regard étranger. Michelle Yeoh joue le minimum syndical, avec un décalage assez énorme pour interpréter un rôle de « grande sœur » par rapport à la culture nipponne traînant une Zhang Ziyi contrainte à parler un anglais qui lui est totalement abscons »

Si vous espérez trouver un Watanabe ou un Yakusho (acteur fétiche de Kiyoshi Kurosawa) dans leurs registres de jeu d’acteur tout en finesse, ce n’est pas non plus ici que vous les trouverez. On sent un véritable désir de jouer à l’américaine et ça en est presque risible. Sans parler du scénario, qui est d’un consensuel évident, et qui trouvera un public friand d’exotisme dans des repères qui lui sont familiers.

Quant à la fidélité du quartier de Gion à Kyoto, où est censée se dérouler l’action du roman dans les années 20 et 30, il a été reconstitué « comme il était à l’époque » (dixit la production) sur le site de Ventura, près de Los Angeles. Une partie du tournage eut également lieu dans les jardins japonais de Saratoga, en Californie. Le tournage s’est poursuivi au Japon pour y filmer des lieux authentiques.

Là où Mizoguchi filmait la grâce comme une évidence, Marshall est tel un éléphant dans un magasin de porcelaines. A ne pas trop savoir ce qu’il y fait et comment donc créer quelque chose qu’il ne connaît surtout pas Le tout,.maladroitement masqué par un attirail technique impeccable (photo, costumes et décors façon blockbuster hollywoodien léché), et ses trois grandes actrices, Zhang Ziyi, Michelle Yeoh, et surtout Gong Li, impériale en vénéneuse araignée.

Avec ce film américain, n’espérez rien trouver qu’une belle projection des fantasmes occidentaux avec toutes leurs maladresses et cette ignorance patente quant aux us et coutumes de l’Est. Ainsi, on ne vous parlera pas de « maikos » ou de « geikos » qui cohabitent dans une Okiya. Mais de servantes et de geishas dans une maison close. On ne connaîtra rien du « Danna » et de sa fonction. Quant à la grande sœur, on ne l’entendra pas dans son sens traditionnel.

Boudé par le public japonais, le film « Mémoires d’une Geisha » ne sortira pas finalement en Chine de peur d’éventuelles réactions négatives sur fond de tensions entre Pékin et Tokyo (sortie prévue pour le 9 février). China Film Group Corporation et d’autres distributeurs ont décidé de repousser pour une durée indéterminée la sortie de Mémoires d’une Geisha en Chine principalement à cause de la réaction sociale négative (…) exprimée dans plusieurs médias.

(selon les critiques lues dans la presse chinoise et sur Internet, les deux grandes actrices chinoises Zhang Ziyi et Gong Li interprétant des rôles de Geishas, sont considérées à présent par certains en Chine comme des prostituées).

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l’édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches.

Je travaille habituellement avec les services presse des éditions :
In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d’Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc.

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