Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

 

Lorsque le temps vient d’être soi-même proche du sommet de la pyramide des âges de sa propre famille, après la perte de sa mère surtout, survient cet instant fragile où surgissent les questions sur ce qui vous a fait tel que vous êtes maintenant. Le premier constat est la fuite du temps jusqu’ici presque figé et, jamais le passé n’a été aussi présent dans l’imaginaire. Albert Camus le disait bien en commençant son roman « l’étranger » : Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Perdre sa mère est la disparition d’un symbole forçant l’individu à grandir coûte que coûte, et par là, s’impose une réflexion introspective : pourquoi et comment, jusqu’à qui suis-je vraiment ?

Delphine de Vigan, dans Rien ne s’oppose à la nuit, cherche à donner des réponses à son questionnement, cherchant par là à dessiner la cartographie familiale sur trois générations. Alternant le récit et la réflexion personnelle, puisant dans les greniers et les mémoires de sa famille : elle devient le porte-parole de tous. Une recherche sans fard, toujours avec pudeur malgré certaines violences nous montrant que la vie comporte ses bonheurs et ses drames, dont l’esprit tente de minorer la vigueur parce que vivre c’est continuer d’avancer vers demain…

Ce livre reste un cri parfois dérangeant, mais à bien y regarder, chacun saura retrouver des éléments qui lui sont proches : bien plus que le lecteur ne pourrait s’y attendre, Rien ne s’oppose à la nuit nous touche là où l’on place un voile continent, débridant notre propre raisonnement. Ce roman est un geste courageux, un gros travail pour la vie et la reconnaissance.

Quatrième de couverture

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 

Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

Biographie de l’auteur

Delphine de Vigan est notamment l’auteur du best seller No et moi, plus de 400 000 exemplaires vendus toutes éditions Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, et des Heures souterraines (2009), près de 100 000 exemplaires vendus en édition première et traduit dans le monde entier. Elle faisait partie de la dernière sélection du Goncourt. Elle vit à Paris.

À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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