Ceux de la plaine, par Olivier Maison

A l’heure où les campagnes se désertifient au profit des grandes agglomérations, chacun garde en mémoire ce petit village rural où tous se connaissent, berceau de la famille depuis toujours, où l’à-peu-près le dispute à la bonne volonté dans une ambiance bon enfant. Le roman d’Olivier Maison nous raconte la France défiant le temps.

Un village c’est un pays en miniature.

Intemporel, ce roman ne se situe pas dans le temps : la bourgade a été, demeure, et sera toujours identique à elle-même. Les générations s’y succèdent de la maternelle au cimetière, cultivant les habitudes ancestrales, assurant le respect de la tradition. C’est vers lui que se tournent les souvenirs heureux, là que résident le sentiment d’appartenance à une communauté de laquelle on est issu. Nos racines s’y trouvent, marquant nos différences devant l’inconnu d’un monde en mouvement perpétuel le village est confortant face à la fuite en avant du monde moderne. Un microcosme statique où l’on aime se ressourcer durant les vacances, marquer une pause sur le siècle lancé au galop, où nombre de nos collègues rêvent de retourner passer une retraite bien méritée.
Qu’il soit village d’ici ou bled d’ailleurs, il reste une colonne vertébrale. Ses caractéristiques globales se ressemblent d’où qu’il soit.

Partout la loi du plus fort.

Ce n’est pas une jungle sanglante, mais juste la logique politicienne. Le meilleur en impose aux autres en prenant la place du chef et devient maire. Dans son conseil, sa garde rapprochée le soutient face à l’opposition afin de ne pas sembler un dictateur. Par le débat naissent les idées faisant vivre la commune et, germent les solutions aux problèmes collectifs : c’est la démocratie. Tout comme les grandes métropoles, le village grandit et évolue. Il le fait cependant plus lentement, de sorte que chacun s’habitue au perfectionnement. Le village est un tout. Il avance d’un seul corps, drainant derrière lui les plus lents.

Dans un village nul n’est oublié. Parce que tous se connaissent depuis toujours, la mémoire collective perdure dans le temps. Les générations passées restent présentes dans l’ADN villageois. Chaque citoyen est un membre à part entière et tous le soutiennent. La population est une grande famille, l’entraide va de soi. Toute communauté possède ses rituels, ses fêtes et réjouissances que nul ne manquerait pour souligner les évènements marquants, les grandes étapes de sa construction. Dans les villages on sait encore faire des bals et des kermesses où l’on boit le verre de l’amitié indéfectible.

C’est l’occasion d’approcher les filles différemment à marier, de discuter entre voisins d’autre chose que du travail de chaque jour. C’est un partage de la tradition. La fête au village est une trêve dans la dureté quotidienne, la répétition monotone des gestes immuables, l’opportunité de boire un coup en laissant l’ivresse gagner la partie sur la réserve jusqu’à la confidence. A vivre entre soi, il est difficile de dire tout haut ce que l’on pense vraiment. Le vin facilite la parole, libère le rire, fait tomber la pudeur comme autant de soupapes sous pression. Dans les brumes qui s’en suivent, au lendemain, nul ne sera de toute façon bien certain de ce qui s’y est dit, ni par qui… La vie d’un village est un genre d’équilibre autarcique tenant par symbiose entre les habitants.

Seul un sang neuf, dont les racines sont d’ailleurs peut facilement d’un mot faire éclater le secret jalousement occulté durant des lustres. Car rien ne se fait sans jeu de dupe, Les rancœurs se taisent par crainte de vindicte, du regard de l’autre, la peur de passer pour un traître au sein de la collectivité. La peur de se voir mis à l’index du groupe, c’est risquer de devenir un orphelin communal. Nul ne veut être montré du doigt comme dénonciateur.

Le roman d’Olivier Maison est tout cela en même temps : un village dans sa complexité ! C’est une France en miniature, avec ses forces et ses faiblesses, ses joies et ses peines, ses secrets et ses aveux, ses différences culturelles et cultuelles. Souvent drôle, l’auteur garde un regard lucide sur la conception du village. Il met le doigt sur ce qui anime notre ego, que l’on soit ou non d’un village, nul n’est fondamentalement différent et l’histoire se répète en boucle. Il suffit de regarder les quartiers des grandes villes dont on parle souvent pour constater qu’ils ne sont pas très différents d’un village : la dimension en surface, ou en population, n’influe pas sur le ressenti intrinsèque des habitants d’un secteur identifié. Parfois cynique, tendre ou accusateur, voir brusque, Olivier Maison signe un premier roman dont le titre est déjà une forme d’accusation: Ceux de la plaine !… Ce « ceux » qui privant de nom une population donne une force dénonciatrice un peu péjorative.

Un peu de l’auteur

Critique littéraire chez Marianne, Olivier Maison travaille également dans le monde de l’éducation. Il publie avec Ceux de la plaine son premier livre.

Détails sur le produit (A paraître le 08 janvier 2015)

• Broché
• Editeur : KERO (8 janvier 2015)
• Langue : Français
• ISBN-10: 2366581300
• ISBN-13: 978-2366581300
• Dimensions du produit: 2 x 13,6 x 21,5 cm

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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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