Pravda de babouchka, de Staline à Tchernobyl, de Jean Dherbey

Je le reconnais sans peine : c’est un livre dont on attendait beaucoup !

Quel sujet ! Retracer l’histoire d’une vie de la révolution bolchevique à nos jours est une grande gageure. Depuis notre confort de vie européen, le communisme soviétique semble loin et obscur et, hormis la presse, nous n’en savons que la partie émergée.
Jean Dherbey retrace l’histoire de l’URSS au travers de la vie des individus, par la voix d’une famille ukrainienne prise dans la tourmente de la révolution par Staline. Sortant du contexte international, l’auteur s’attache à montrer la vie réelle et le ressenti de ses personnages. Ce roman est une fresque grandeur nature de l’histoire russe, qui fit table rase d’un passé afin d’imposer sa vision du bonheur à ses peuples. Un ensemble de pays pas toujours convaincus du bien-fondé de la cause, du besoin de tant de bruits, ni de la nécessité de cette violence faite aux hommes et à la tradition.

La loi des équilibres régissant le monde permet la mise en place de méthodes alternatives là où se crée l’absence. Les nantis d’hier sont remplacés par des oligarques inféodés et revanchards de leurs infortunes passées, l’adaptation des peuples à la survie en conditions rudes permet de courber l’échine : seule les mémoires collectives, les traditions ancrées restent à bas bruit dans la confidence des foyers. Puis, peu à peu la vie reprend des airs de normalité, par crainte du regard de l’œil de Moscou, parce qu’il faut bien continuer de vivre.

Ce roman permet que se côtoient la petitesse aveugle et la grandeur d’âme, la peur de l’autre et la solidarité. C’est un paradoxe reflétant de la philosophie slave sans doute, une preuve que le simple fait de vivre reste un gage d’espoir pour un lendemain possible.
Au fil des pages, sans porter de jugement politique, Jean Dherbey nous peint la vie quotidienne du peuple russe durant près d’un siècle. Nous y voyons comment chacun s’adapte à une vision exigée de ce qui doit être, mais également les avancées positives concernant l’éducation et l’éventualité de promotion désormais envisageable, autrefois réservée à une noblesse d’empire. Ce roman démontre aussi les limites du manque de compétition économique générateur de graves carences, notamment sur l’approvisionnement en denrées. L’absurdité du nivellement vers le bas de la logique communiste l’a entraîné vers sa chute. La théorie initiale du système économique commun semblait porteuse d’une justice qu’elle n’a pas su mettre en pratique. Le sentiment d’ambition personnel de l’homme dépasse les hypothèses les mieux pensées, s’adapte à toute situation et l’injustice reprend ses droits, là où le droit devrait apporter la justice !
En bref, c’est un roman qui tient ses promesses, instructif et bien écrit par un auteur connaissant parfaitement son sujet. Un livre qui donne matière à réfléchir sur l’homme lui-même et sa place dans une société lambda. L’adaptation d’un peuple à son environnement constitue sa colonne vertébrale, accommode ses traditions, le normalise dans son milieu. Lorsqu’on lit l’histoire russo-soviétique d’avant la révolution, force est de constater que le changement opéré n’a pas retiré la dominance des uns sur les autres : seule la force a changé de mains, en conservant un fonctionnement coutumier, mais mieux généralisé ! Le regard que portent les russes sur leur histoire est bien différent de notre vision démocrate. Ils ne se plaignent pas de tout et, certains regrettent encore un mode de vie où l’état se portait garant d’un minimum, mais assurait l’essentiel !

4ème de couverture

D’abord victimes des grandes purges de Staline au début des années trente, puis du bolchevisme, Yanina et sa famille ont ensuite subi la Seconde Guerre mondiale. Cette chronique s’achève peu après l’explosion d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, alors que l’horizon de la perestroïka offrait un peu d’espoir… En devenant la plume de cette babouchka, Jean Dherbey nous propose une saga ukrainienne issue de témoignages familiaux à peine romancés. Il nous dévoile l’âme d’un peuple soumis à la dictature qui engendre révolte et résistance, mais aussi allégeance, mensonge et trahison. Berceau de la civilisation slave orientale, l’Ukraine, qui a toujours connu des mouvements géopolitiques, partage une longue histoire avec la Russie. Pris dans l’étau de la folie de ses dirigeants, son peuple a enduré tour à tour les invasions, les kolkhozes, l’Holodomor et l’Holocauste, les guerres, les goulags, et les technologies mal maîtrisées.

Un peu de l’auteur

Enseignant, grand sportif, Jean Dherbey a sillonné l’Europe et le Maghreb. Le hasard des voyages lui a fait découvrir l’intimité d’une famille ukrainienne. Il vit aujourd’hui dans les Alpes. La hauteur des sommets lui donne un regard distancié sur ses rencontres. A travers l’écriture, il nous livre sa passion pour l’Histoire en partant de l’expérience de ceux qui la vivent.
Source photo Le profil FB de l’auteur :

Détails sur le produit (A paraître le 08 janvier 2015)

• Broché
• Editeur : Elan Sud (26 novembre 2014)
• Collection : MEMOIRES
• Langue : Français
• ISBN-10: 291113737X
• ISBN-13: 978-2911137372
• Dimensions du produit: 21 x 3 x 14 cm

Ou commander chez l’éditeur Elan Sud : http://elansud.com/boutique/memoires/41-pravda-de-babouchka-9782911137372.html
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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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