Un hiver avec Baudelaire d’Harold Cobert

Il est des vies où nous rentrons chez nous, travaillons et jouons avec nos enfants ; des existences comme tant d’autres, simples. Qu’un grain de sable grippe la machine et l’amour fait place au mépris, le mépris au repli sur soi et à l’isolement.

Rien n’est plus terrible, que de perdre le minimum pensent alors ceux qui ferment la porte de ce qui fut chez eux, hier encore.

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Armé d’une valise et de ces restes d’illusion qui font qu’on n’a pas vu le coup venir, la rue se prépare à gagner un habitant, le temps de fondre ses dernières économies.

La rue est une école redoutable avec ses codes et ses lois. Un monde d’amertume et de rigueur, une jungle régie par la coutume et la force, tempéré par le climat et

la santé. Mais

la rue est aussi d’une solitude poisseuse qui colle aux basques des marcheurs du trottoir. Une solitude que l’on partage parfois, malgré soi pour ne pas devenir fou à lier, pour se sentir normal en société.

L’univers des sans logis est aussi un monde de transparence, où certains détournent les yeux pour ne pas voir, baissent le nez dans le col pour ne pas sentir, montent le son pour ne pas comprendre ; ils représentent ce qui menace chacun de nous.

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Cette vie imparfaite à pourtant ces instants de bonheur, de joie partagée, parce qu’un regard et un sourire ont illuminé un jour maussade. Il est des compagnies qui se créent malgré soi, parce que l’homme  comme l’animal à besoin de société. Puis il y a les poètes et les philosophes, qui par des mots, rendent la vie possible même là où elle se fuie. Les mots dont le pouvoir est tel qu’il peut rendre l’espoir au plus démuni, parce que le poète a dû toucher le fond de l’abîme pour parler si bien du malheur et de l’amour.

Baudelaire fut de ceux là….

  

Un livre poignant qui prend le lecteur aux tripes, que l’on dévore dans

la soirée. Une

histoire qui peut-être menace en sourdine, mais qui prouve aussi que l’esprit et l’ouverture vers les autres sera salutaire ; car nul n’est plus aveugle que celui qui ne veut voir.

Là aussi il est des choix, la facilité et l’alcool, ou le combat de la dignité.

Sans voyeurisme et avec beaucoup de tendresse et de poésie, Harold Cobert nous peint une fresque belle et dure, un fait de société récurent ; l’appel de l’abbé

Pierre lors du très froid hiver de 1954, meurtrier pour les sans-abri, pour une  » insurrection de la bonté  » retenti encore en bas de chez nous.

 ISBN 978-2-35087-115-8 Editions Héloïse d’Ormesson  





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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des maisons d'éditions Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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