Le garçon qui voyait des démons, de Carolyn Jess-Cooke

S’il est des livres qui marquent, celui-ci en est : c’est une évidence !

Au premier abord, l’on penserait un genre de fiction un peu fantaisy, plus léger que grave. Il n’en est rien. Avec une écriture fluide, jeune et dynamique, Carolyn Jess-Cooke nous entraîne dans les méandres de la complexité générée par un esprit perturbé lors d’un choc sévère chez un enfant. Dans son livre, elle nous révèle le processus induisant chez un individu normal une schizophrénie capable de prendre le pas sur la raison. L’enfant croit tant à réalité de la présence de « son ami », qu’il arrive à la psychiatre le suivant de ressentir, elle aussi, une présence dérangeante : surtout lorsque le gamin, Alex, lui donne des détails sur elle qu’il n’est pas sensé connaître. De plus, l’élocution de cet enfant de dix ans n’est pas en adéquation avec son âge. Les mots qu’il utilise sont ceux d’un adulte, témoignent d’une culture certaine ne cadrant aucunement avec son niveau scolaire ou familial…

Il en résulte pour la thérapeute un équilibre à trouver, entre le sentiment maternel de protection et la nécessité de soin, pour parvenir à remettre le réel à sa place et le reste du côté des souvenirs. Pour Alex, convaincu de détenir une version des faits imparable sur sa famille, puisque « son ami » lui en donne des preuves, il va falloir aller au-delàs du simple discours : la thérapie passera par des témoignages vivants.

La psychiatrie est souvent, dans l’idée que s’en font le gens, réservée aux fous : ces originaux parfois dangereux pour eux-mêmes ou pour la société, dont on aime à rire entre amis. Les maisons de soin, « les asiles de fous », selon la même imagerie populaire, sont des lieux d’enferment dont on ne sort pas. Ce roman parfois lourd ou loufoque, mais pourtant chargé d’espoir donne une vision plus positive des troubles de l’esprit et des endroits où ils sont soignés. Parce qu’en fin de compte, chacun d’entre nous à déjà ressentis, tout comme la psychiatre Anya Molokova de ce livre, le sentiment dérangeant d’une image s’imposant telle une évidence, malgré le cartésianisme affiché par toute personne dite normale ! La normalité n’est-elle pas une notion subjective, se basant sur le concept de la ligne générale d’une population ? Pourtant, bien des intelligences hors normes ont frôlé les limites de la folie avant de transformer singulièrement la perception de leurs contemporains, ou par leur génie hors norme bouleversé l’art de leur temps au point de rester au goût de jour bien après leurs décès.

Un roman riche d’enseignements, se lisant avec ferveur, que l’usage du « je » pour les protagonistes rend encore plus prenant, plus réel jusqu’à l’absurde : Une auteure à suivre assurément !

4ème de couverture

Alex, dix ans, adore les toasts aux oignons et se balancer sur les pieds de sa chaise. Il a pour meilleur ami Ruen, un démon âgé de 9 000 ans, grand amateur de Mozart, de ping-pong et de pain perdu. 
Lorsque, après une nouvelle tentative de suicide de sa mère, Alex commence à se montrer violent, il est suivi par le Dr Anya Molokova, une psychiatre. Mère d’une petite fille schizophrène, Anya connaît bien ce genre de comportement et essaie de convaincre le garçon que Ruen n’existe que dans son imagination. Pourtant, face à d’étranges coïncidences, elle est prise de doutes : Alex est-il réellement victime d’hallucinations ? 

Aussi intelligent que captivant, Le garçon qui voyait des démons entretient le suspense de la première à la dernière page en posant la question de la frontière entre réalité et imaginaire. 

Traduit de l’anglais par Laurence Kiefé

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Biographie de l’auteur

 

Crédit photo : Site de l’auteur : http://www.carolynjesscooke.com/

Née à Belfast en 1978, Carolyn Jess-Cooke a connu un succès international avec son premier roman, Journal d’un ange gardien (Lattès, 2012), traduit dans plus de vingt langues. Elle vit à Gateshead avec son mari et leurs trois enfants.

Détails sur le produit

  • Relié: 350 pages
  • Editeur : JC Lattès (11 septembre 2013)
  • Collection : Petite collection Lattès
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2709635496
  • ISBN-13: 978-2709635493
  • Dimensions du produit: 19,4 x 12,8 x 3 cm

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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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