Le droit d’aimer, par Anne-Marie Mariani

L’amour est le socle commun des trois religions du livre, mais elles ne l’interprètent pas de la même façon. Cette autobiographie touche aux tabous de la religion catholique prônant l’amour de son prochain, en y plaçant des limites singulières : aimer vous les uns les autres, mais gardons au sein du dogme des distances affectives!

L’homme à l’image de Dieu

Dieu s’est fait homme, car l’homme est à son image disent les écritures. La meilleure preuve est que Jésus aimait les hommes sans distinction de sexe : les évangiles ne cessent d’en parler, au grand dam de certains de ses apôtres qui s’en sentaient moins aimés. La chrétienté s’est construite sur ces fondations là : des hommes propageant la parole du Christ, des hommes qui vivaient en leurs temps avec femme et enfants, n’en déplaise au puristes. Il eût été inconcevable qu’un homme vive seul, dérogeant aux règles de la société de son époque : nul n’aurait suivi un pasteur à qui l’on ne pouvait s’identifier. Le bon disciple est bon, généreux, sait pardonner et partager, par son exemple indique la voie à suivre afin de rendre la justice plus équitable entre les grands et les petits. Puis, l’église a décidé, par des règle toujours plus rigoureuses, jusqu’à l’absolutisme, de revendiquer le célibat définitif des prêtres au début du XIème siècle. Une règle qui a mis bien du temps à se mettre en place. Encore que ! Chacun savait bien que ce curé si bon d’accueillir une bonne, fille mère, pécheresse devant l’éternel, était sans doute le père des enfants : mais nul n’aurait osé aller plus loin que la pure supputation au risque de voir l’indicible. De son côté, l’église défend bec et ongles les égarés du troupeau, sans se soucier des conséquences, du trouble des victimes malgré elles. L’église se veut irréprochable et fera le nécessaire pour y parvenir : le reste ne sera que des dégâts collatéraux négligeables. Après tout, ce sont les tentatrices qui perdent la raison en détournant de leurs sacerdoces les bons pasteurs lors d’un moment de faiblesse. Même Jésus a été tenté durant sa retraite dans le désert ! Cet argument légitime donc la position catholique envers et contre tout.

L’amour est inconditionnel

En rédigeant son autobiographie Anne-Marie Mariani n’hésite pas à mettre le doigt sur les incohérences du système. Elle nous parle d’un amour plus fort que tout, d’une union contre nature pour beaucoup de puristes. Elle y dénonce les vexations, les ignominies commises pour effacer les traces de ce péché de chair inavouable, une vraie perdition de l’âme, en essayant de préserver son ministre du culte, faisant peu de cas de la morale, du ressentit de chacun. Anne-Marie Mariani met en exergue l’amour de Dieu, jamais renié par ses parents malgré les aléas dont ils seront victimes. Son père a toujours été un bon prêtre, bon père et un bon chrétien. On a beau dire mon père il leur est interdit de l’être matériellement. Pour lui, ce sera le combat de sa vie, une lutte de tous les instants entre vocation et ambition légitime. Pour cet homme qui était devenu sans l’avoir voulu un bon prêtre le duel sera terrible, dévastateur. Sa mère, religieuse car là était la voie s’ouvrant devant elle, le combat sera celui d’une mère contre celui d’une sœur. L’église, la considérant sûrement plus pécheresse que l’homme, la libérera de ces vœux rapidement. Ce faisant, Rome la plongera dans l’enfer des femmes perdues, les filles mères, que la bien séance de l’époque condamne fermement. Elle devra vaincre Goliath pour vivre une vie de famille normale. Une fois réunie, la famille devra cependant affronter la honte, le regard des autres sur leur différence : l’amour est un combat de tous les jours !

L’autobiographie est un roman

Il faut avoir une vie hors du commun pour oser une autobiographie ! En effet, chaque personne a une existence singulière, différente de celle de ses contemporains, et nous avons tous des vies extraordinaires : l’ordinaire n’est-il pas une certaine linéarité ?

Pour prétendre écrire une autobiographie qui dépasse le seuil de l’intérêt familial en devenant général, il lui faut avoir ceci d’extraordinaire qu’elle touche au-delà du ressenti    individuel. Cette histoire aborde un point critique des interdits œcuméniques de la religion, mais aussi la manière de les régler par Saint Pierre de Rome. C’est un regard lucide sur l’écart entre la philosophie initiale du message du Christ et ce qu’en ont fait les hommes se revendiquant de l’infaillibilité du saint siège. C’est une leçon de bravoure, un témoignage d’amour que rien ne peut faire vaciller, car recentrés sur la parole desservie par Jésus lors de sa présence parmi les hommes. Soyons certains que bien des personnes pourront se reconnaître au travers de ce livre, que le catholicisme ne vivrait sans doute pas une telle crise s’il faisait quelques concessions plus proches du quotidien de ses fidèles.

Ce livre est un roman, une très belle leçon de vie, un exemple de ce que peux réaliser la force d’aimer.

4ème de couverture

« Ton papa est prêtre, ta maman, religieuse. »
Une révélation qui a changé la vie d’Anne-Marie. Aujourd’hui elle a décidé de briser ce lourd secret et de partager son histoire: le récit d’une filiation taboue mais, avant tout, d’une merveilleuse histoire d’amour, par-delà les lois des hommes et de l’Église.
Un livre pour ouvrir les yeux de l’Église sur le sort de ces enfants nés de prêtres ou de religieuses.

« Laissez-leur le choix d’aimer, de se marier, d’avoir des enfants. L’Église n’en sera pas diminuée. »

Fiche de presse (Elle est si bien faite qu’elle a toute sa place ici)

Pour la première fois une fille de prêtre prend la parole et lève le voile sur ces enfants du secret. Un témoignage bouleversant qui pose la question du mariage des prêtres. « Ton papa est prêtre, ta maman religieuse. » Ces mots cognent dans la tête d’Anne-Marie qui ce jour-là perce le lourd secret de famille qui l’entoure. « Mon père est prêtre, et alors ? Pourquoi obliger son enfant, à l’appeler « mon parrain », pourquoi lui retirer l’éducation de sa fille qu’il aime ? Pourquoi refuser à un père d’aimer ? » Véritable jeu de pistes qui va mener l’auteur à la recherche de ses racines, de la Franche-Comté à Oran en passant par Paris et Toulon, le livre est un bouleversant témoignage pour que plus jamais des enfants de prêtre ne soient réduits au silence. Il est aussi une leçon de bonheur et une merveilleuse histoire d’amour, par-delà les lois de l’église.

Le célibat des prêtres date de 1074. Le papa Grégoire VII décrète que tous les aspirants à l’ordination doivent d’abord s’engager au célibat. C’est donc qu’aucun ne le faisait auparavant ! Dix siècles après Jésus-Christ, faudrait il que la loi demeure immuable ?

« Laissez leur le choix d’aimer, de se marier, d’avoir des enfants. Laissez les vivre, on ne les écoutera pas moins. L’église n’en sortira pas diminuée. Bien au contraire, elle en ressortira plus grande, plus vraie, plus juste.

Extrait de l’introduction

Je m’en souviens comme si c’était hier…
10 octobre 1967, 16 h 30. La grisaille d’automne s’accroche, tenace, aux façades des ruelles de Tullins. Une fin d’après-midi comme tant d’autres dans ce petit village de l’Isère. La sonnerie du collège a retenti depuis longtemps, mais je ne suis pas pressée de rentrer à la maison. Je tue le temps devant les boutiques de vêtements, admirant, dans les vitrines, ces chemisiers que j’aime tant mais qu’il faut que je me contente de regarder. Maman répète qu’il faut être raisonnable. J’ai seize ans et je grimace un peu, mais je ne fais pas d’histoires. Nous traversons une période difficile.
L’idée de me retrouver seule avec mon père m’oppresse. Il est déprimé, abattu, si différent du père que j’ai connu. Depuis plus d’un mois, nous habitons dans une maison sinistre, presque un taudis. Depuis plus d’un mois, je traîne des pieds en sortant du collège, pour m’assurer que maman sera rentrée du travail avant mon retour.
Le bruit d’un klaxon. Je me retourne et aperçois la 404 bleue des Mariani, avec ma tante au volant. Ma gorge se noue. Hier, le buraliste du village a dit à papa qu’un couple était à notre recherche. Nous avons tout de suite compris de qui il s’agissait : le frère de ma mère, Dominique, et sa femme, Marthe. Maman m’avait donné pour consigne de n’ouvrir à personne. «Mon frère est prêt à tout», avait-elle ajouté, visiblement inquiète.
Mais j’ai eu si peur de ne jamais revoir ma tatie depuis que nous sommes partis de chez eux que j’en oublie les mises en garde. Et puis, son sourire me rassure, je ne pense qu’à une chose, me jeter à son cou et l’embrasser. La voiture ralentit et s’arrête à ma hauteur. Oncle Dominique baisse la vitre.
«Monte ! On veut te parler.»
Ce «Monte», impérieux, résonne encore aujourd’hui dans ma tête. Il me refroidit instantanément, mais ne laisse aucune place au choix. Je monte à l’arrière. Nous nous arrêtons quelques mètres plus loin, sur le parking de la place du village. Ma tante éteint le moteur, mais ni elle ni mon oncle ne font le geste de sortir de la voiture. Oncle Dominique se tourne vers moi, son chapeau vissé sur sa tête des mauvais jours.
«Alors, vous habitez Tullins ?»
La crainte me rend docile. Je raconte ce qui se passe à la maison, que ce n’est pas le Pérou. Que papa n’est pas très en forme, que maman travaille énormément. Qu’elle est fatiguée, mais qu’elle tient le coup, comme d’habitude. Mon oncle me fixe du regard, sans un mot, depuis la place du mort. Il y a longtemps qu’il ne conduit plus, depuis qu’il s’est fait arracher la main à la guerre. Quand j’étais petite, sa prothèse en ferraille, qu’il recouvrait d’un gant, me mettait mal à l’aise. Je n’arrivais pas à dessiner des personnages masculins avec deux bras. L’État l’avait indemnisé pour sa blessure de guerre, en lui attribuant gratuitement une licence de débit de tabac, mais il était devenu aigri, presque haineux.

Un peu de l’auteur

Anne-Marie Mariani est née de l’amour d’un prêtre et d’une religieuse. Elle a créé une association, Les Enfants du Silence, pour offrir un lieu d’écoute aux personnes ayant vécu la même histoire. Aujourd’hui mère et grand-mère, elle témoigne pour la première fois.

Crédit photo : éditions KERO

Disponible au format papier
160 pages
Format : 154×240
17.00€
ISBN : 978-2-36658039-6

Disponible au format numérique
11.99€
ISBN : 978-2-36-658041-9

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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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