Ann, de Fabrice Guénier

En règle générale, Les chroniques de Goliath choisissent les livres dont ils parleront d’après la fiche de presse de l’éditeur, ou parce qu’il y a un détail piquant notre curiosité, ou que l’auteur a su nous bien vendre son travail. Pour ce qui est du roman «Ann» de Fabrice Guénier, c’est une toute autre histoire. En effet, en parcourant la presse quelques semaines plus tôt, Les chroniques de Goliath ont lu qu’un candidat au prix Renaudot, de chez Gallimard, publiait à compte d’auteur une annonce dans Libération pour demander une interview au sujet de son livre : rien de mieux pour chercher à en savoir plus ! A l’heure où je rédige cet article, la pub générée par la parution dans la presse de l’article de Fabrice Guéniera fait son office : le roman est en lice pour le Médicis…

La presse s’empare du phénomène et on ne parlera bientôt que de lui ! Mais qu’en est-il vraiment de ce roman ? Est-ce un futur bestseller ? J’entends souvent des auteurs de grandes maisons me dire souffrir du manque d’intérêt de la presse, que les livres envoyés en SP (service de presse) ne sont pas lu… On entend le même refrain chez les auteurs des petites maisons d’édition, ces derniers ne bénéficiant d’aucune publicité.

Dès les premières pages d’Ann, on sent comme un malaise. On perçoit rapidement qu’on entre dans du lourd, du très lourd : Tu es morte sont les premiers mots. Une autre évidence survient, aggravant le malaise du lecteur, car le sujet frôle de près un sujet faisant régulièrement les choux gras des médias sur le tourisme sexuel à Pattaya en Thaïlande ! Le décor est planté, c’est dit, c’est cru, mais un zest de charme, comme une musique douce nous entraîne vers les pages suivantes.

Ne dit-on pas qu’un écrivain est aussi là pour brusquer un peu les consciences, mettre du poil à gratter là où cela dérange ? L’auteur qui malmène la bien-pensance joue également un rôle de médiateur, donne des explications, montre l’affaire sous un autre jour. Depuis l’Europe nous sommes loin de l’Asie, nos principes sont différents, nos habitus aux antipodes de ceux du bout du monde.

Les chroniques de Goliath aiment bien prendre des risques, nous avons donc lu ce livre (en entier, pour les esprits chagrins…).

En voyage en Thaïlande un touriste rencontre une jeune prostituée, ils se fréquentent, se plaisent malgré la différence d’âge et débutent une liaison étrange. Elle ne cesse pas son travail, bien qu’entre eux deux semble naître un amour passionnel tel que chacun de nous en rêverait. L’amant, vient aussi souvent qu’il le peut pour être avec elle. Il cherche à savoir comment est la vie de ce petit peuple des rues. Il veut comprendre comment on en arrive là, et de quelle façon on peut le vivre… Lors d’un de ses nombreux passage, il ne la retrouve plus dans les rue, ni chez elle et, personne ne peut le renseigner. Venu en prédateur, notre personnage principal devient le jouet des évènements lorsque la jeune femme dont il est amoureux fou tombe gravement malade. Il renoue le contact avec elle et commence à comprendre ce qui pousse les jeunes à se vendre, mais également comment ils le vivent. Ce livre est une chronique d’un monde à part, dérangeant tout en donnant un point de vue de l’intérieur d’un microcosme que nous décrions bien fort. Un univers que dénonce le régime local, bien qu’il ne fasse rien pour le changer : the show must go on !
En résumé : l’auteur remplit-il son rôle d’informateur en livrant au lecteur une telle histoire ? Je le pense. Mais je pense aussi qu’il fait là un travail que bien des journalistes auraient dû faire plutôt que de ne présenter que l’aspect «tourisme sexuel», entendu que cela ne dédouane en rien lesdits touristes, mais permet peut-être de comprendre que l’envie de vivre peut dominer la raison, jusqu’à risquer sa propre vie. Non que cela soit un instinct suicidaire, mais pour permettre à sa famille de vivre le sacrifice devient honorable, un devoir envers les siens, une raison pour la déraison. Dérangeant sûrement, ce roman est un cri à l’amour à la vie. Bouleversant souvent, mais Fabrice Guénier a su maîtriser son sujet pour ne pas tomber dans le gros pathos ou le cliché. Son héros, prendra pour sienne la cause de ceux dont il a abusé à son arrivée en Thaïlande, maudira les autres : ces touristes qui viennent pour consommer puis jeter. Sans doute aussi se maudira-t-il d’en avoir été ; ou est-ce l’auteur lui-même qui nous montre la face cachée de la lune ?…

Présentation de l’éditeur

« Petite Ann. Je me souviendrai toujours de toi comme d’une fille qui savait tout danser. Petit fantôme aux mains dans les poches. En attendant je raconte ta vie. A l’imparfait. Ce temps circulaire, éternel. Le temps du tableau, de l’icône. Les années Ann. Une balade ».

Un peu de de l’auteur

 

 

 

 

Crédit  photo : http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2015/10/tsundoku/fabrice-guenier-pour-ann
Vidéo : 8 minutes d’Ann par Fabrice Guénier

Détails sur le produit

• Broché: 304 pages
• Editeur : Gallimard (26 mars 2015)
• Collection : Blanche
• Langue : Français
• ISBN-10: 2070148734
• ISBN-13: 978-2070148738
• Dimensions du produit: 20,5 x 2,5 x 14 cm
   


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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l'édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches. Je travaille habituellement avec les services presse des éditions : In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d'Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc. Me contacter par le formulaire de contact pour livre en services de presse.
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