Les sirènes de Bagdad, de Yasmina Khadra

 Avec une remarquable justesse de ton, Yasmina Khadra nous invite à comprendre la guerre qui s’est déclenchée en Irak, à remonter le fleuve de la rancœur et vivre la mutation d’un paisible paysan en terroriste, d’un enfant en bête féroce, d’une ville entière en cimetière.

   Le narrateur, un natif de Kafr Karam, était un garçon d’une grande sensibilité (en fait il le demeure, malgré les apparences). Il voyait les jours se succéder aux jours dans ce village perdu d’Irak, jusqu’au jour où il intègre l’Université, à Bagdad. Mais très vite il doit regagner son petit village car Bagdad devient le théâtre d’une guerre sanglante au centre de laquelle se trouvent les Américains, représentés par leurs soldats en grand nombre sur le territoire irakien. Des autochtones, venus de toutes parts leur résistent. A Kafr Karam, on suit tout d’abord le conflit à distance. Mais force est de constater que désormais tout ce qui bouge est suspect, tout le monde est considéré comme des terroristes et l’on est traité avec infiniment peu d’égards. La révolte chez les jeunes grossit au rythme des bavures qui se succèdent. Le narrateur, lui, refusera obstinément de participer à la violence, jusqu’au jour où l’honneur de sa famille est profané. Pour un Bédouin, la dignité est plus que la vie, et lorsqu’elle est souillée, on ne la reconquiert que par le sang. Le héros se rend aux premières lignes de la résistance, à Bagdad. Il a son honneur à laver dans le sang, mais aussi l’honneur de son pays, que les Américains veulent mettre à genoux. La fierté nationale irrigue la détermination de nombreux jeunes gens. Leurs attentats causent la mort d’innombrables compatriotes, des innocents. Ils sont en colère, mais leur colère doit-elle être aveugle ?

Toujours avec la même sensibilité qui le caractérise, Yasmina Khadra met des mots justes sur les plaies d’un peuple. Il démontre que les terroristes ne sont pas tous des illuminés fanatiques et sauvages, mais aussi de simples villageois qui luttent pour défendre les valeurs qu’ils chérissent, qui font d’eux se qu’ils sont depuis des millénaires. Certes, Saddam a été pris, mais désormais c’est pire encore, il s’est multiplié ! Le bédouin qu’est le narrateur ne demande pas la guerre sainte, mais comprend que sans elle son honneur ne lui sera pas rendu. Il glissera peu à peu vers le milieu des islamistes dur, fera sien leur combat, avant de se rétracter dans un ultime sursaut. Son honneur ne doit pas détruire sa dignité…






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À propos de Jérôme Cayla

Chroniqueur litteraire, lecteur et directeur de collection dans l’édition, auteur de deux romans : Mathilde et Trois roses blanches.

Je travaille habituellement avec les services presse des éditions :
In Octavo, Laura Mare, des Presses de la cité, du Moteur, JC Lattès, du Rocher, Luce Wilquin, Quadrature, Jigal, First, Elysad, Fleuve Noir, Lunatik, Volpiliere, PLE, T&A (Terre d’Auteur) , du Préau, Stéphane Millon, Borborygmes, glyphe, Edition KERO, etc.

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